November, 2012

Pour faire le portrait d’un oiseau / Linnun muotokuva

POSTED IN translated French-Finnish November 26, 2012

 
 
 
 
Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucment
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 Maalaa ensin häkki
ovi avoimena
maalaa sitten
jotain sievää
jotain yksinkertaista
jotain kaunista
jotain hyödyllistä
lintua varten
aseta sitten kangas puuta vasten
puutarhaan
metsään
tai puistikkoon
piiloudu sitten puun taakse
sanomatta sanaakaan
liikahtamatta …
Joskus lintu tulee pian
mutta sillä voi myös kestää monta pitkää vuotta
ennen kuin se päättää tulla
älä menetä rohkeuttasi
odota
odota, jos tarve vaatii, vuosia
linnun saapumisen nopeudella tai hitaudella
ei ole mitään merkitystä
taulun onnistumisen kannalta
Kun lintu sitten saapuu
jos saapuu
tarkkaile sitä aivan hiljaa
odota linnun astuvan häkkiin
ja kun se on mennyt sisään
sulje hiljaa ovi siveltimellä
sitten
pyyhi pois yksi kerrallaan kaikki kalterit
varoen koskettamatta yhtäkään linnun höyhenistä
maalaa sitten puun muotokuva
valiten sen kaikkein kauneimmat oksat
lintua varten
Maalaa myös vihreä lehvästö ja tuulen raikkaus
auringossa leijaileva tomu
ja karjan mylvinä kesän lämmössä
sitten odota kunnes lintu päättää laulaa
Jos lintu ei laula
se on huono merkki
sen merkki, että taulu on huono
mutta jos se laulaa, se on hyvä merkki
sen merkki, että voit signeerata
Sitten nyppää aivan hiljaa
yksi linnun höyhenistä
ja kirjoita nimesi taulun nurkkaan.

 

Jacques Prevert

Finnish version by Magdalena Biela

Les bouquinistes

POSTED IN classic poetry November 25, 2012

 

Les bouquinistes

 

Au bord de la Seine,
Sur de minuscules scènes,

Des couvertures bien rangées.
Accrochées au muret,

Des boites vertes, ouvertes,
Et de livres par milliers.

Soirée bleue, parfum d’aubépine.
Photos et journaux badinent,

Pastels, le passé s’imagine…

par Rolande Causse

Chanson de la Seine

POSTED IN classic poetry November 25, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chanson de la Seine

 
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit…
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

 
par Jacques Prévert

Paris et la Seine

POSTED IN classic poetry November 25, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paris et la Seine

Toi, Seine, tu n’as rien. Deux quais, et voilà tout,
Deux quais crasseux, semés de l’un à l’autre bout
D’affreux bouquins moisis et d’une foule insigne
Qui fait dans l’eau des ronds et qui pêche à la ligne
Oui, mais quand vient le soir, raréfiant enfin
Les passants alourdis de sommeil et de faim,
Et que le couchant met au ciel des taches rouges,
Qu’il fait bon aux rêveurs descendre de leurs bouges
Et, s’accoudant au pont de la Cité, devant
Notre-Dame, songer, cœur et cheveux au vent !
Les nuages, chassés par la brise nocturne,
Courent, cuivreux et roux, dans l’azur taciturne;
Sur la tête d’un roi du portail, le soleil,
Au moment de mourir, pose un baiser vermeil.
L’hirondelle s’enfuit à l’approche de l’ombre
Et l’on voit voleter la chauve-souris sombre.
Tout bruit s’apaise autour. A peine un vague son
Dit que la ville est là qui chante sa chanson.
 
Paul Verlaine
 

Invictus

POSTED IN classic poetry November 25, 2012

 



 



 

 

 

Invictus

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll.
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

by  William Ernest Henley

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